Ils entrèrent discrètement dans un des restaurants les plus chics de la capitale. Il y faisait bon à l'intérieur. Le froid dehors l'avait secoué. Il n'y était pas tout simplement habitué. Heureusement qu'elle avait eu la décence de lui dire de ne pas oublier un manteau et une écharpe de préférence. Derrière, au fond, s'élevait une chanson qu'elle aurait reconnu entre mille. C'était sa préféré. Assis au centre de la vaste pièce, ils étaient silencieux ...
« - Tu as fait bon voyage ?
Il se racla la gorge.
« - Oui, D'ailleurs je suis fatigué. Le décalage horaire est quand même important.
- Hum, acquiesça t-elle en baissant les yeux. D'un coup elle était paniquée, elle ne savait pas quoi le dire, c'était tellement plus facile derrière son ordinateur. Lui, aussi semblait perdu dans ses pensées. Son regard fixe sur un point du mur.
- Dis ? Tu es là pour combien de temps ?
- Deux semaines, pas plus. Tu sais bien que j'ai un boulot, une femme qui m'attend, des enfants à éduquer.
- Oui, bien entendu. Toujours avec A. ? »
Un nouveau silence s'imposa. Plus pesant et plus long. Le serveur pris leurs commandes, les servit. On parla jusqu'à la fin de la soirée des dernières nouvelles sur les attentats. On ria de la coupe affreuse de la dame derrière, qui dînait seule. Ils attendirent le bus ensemble. Il l'entourait par la taille, sa tête était posée sur son épaule à elle près de son visage. Il sentait son souffle régulier et doux. Elle était heureuse de sentir son parfum.
« - T'es pas très prolixe tu sais ? demanda t-il.
- Et vous, Monsieur H., vous vous croyez prolixe peut-être ?
- Certes, ma chère.»
Nouveaux rires.
Ils étaient maintenant dans son appartement parisien. Elle, en peu de temps avait réussi ses études de langue et exerçait le métier d'hôtesse de l'air. Ouais, elle s'envolait en l'air, comme il le disait. Cela faisait maintenant sept ans qu'ils se parlaient régulièrement sur la toile. Il était devenu directeur d'une grande entreprise avec l'aide de son épouse et pour la première fois, il venait en France, après les Etats-Unis, l'Espagne et le Portugal. Il s'était marié avec A. y avait cinq ans et de cette union étaient nés un garçon, et une fille. Elle fut bouleversé quand elle appris qu'il se mariait mais finalement elle s'y était habituée. Il avait pris place dans son confortable fauteuil, elle avait préféré s'allonger sur son beige tapis, yeux vers le plafond.
« - C'est délicieux chez toi.
- Hum.
- Ca m'intrigue, moi d'habitude qui parle tant, je perds mes mots soudain. Je crois que tu me troubles.
- Ce que tu peux être drôle. Ils sont comment tes enfants ?
- Sages, de vrais petits démons. Mais ils sont tellement adorables, faudrait que tu les voies. Ce serait super si tu venais en Haïti, des fois je te présenterais à A., vous vous ressemblez un peu.
- C'est peu probable. Désolée de te le dire.
- Je m'en doute, je ne suis pas si idiot que çà. »
Il prit place, à côté d'elle. Leurs mains à présent se frôlèrent.
« - Que s'est t-il passé ? reprit-elle. Que s'est-il passé H ? Pourquoi t'es tu marié avec elle ? Je ne te reconnais pas.
- J'ai été obligé de l'épouser.
- Et pourquoi donc ? Quel est donc cet autre secret que tu me caches ? A quoi dois-je m'attendre cette fois ?
- Elle était enceinte avant le mariage, commença t-il, elle me l'avait dit. Soucieux des mauvaises langues de mon pays et de décevoir ses parents qui m'aimaient bien, j'ai dû l'épouser. Je l'ai aimé un certain temps, tu le sais bien et puis j'ai commencé à te parler. Mais la situation était difficile. Puis tu venais de moins en moins sur la toile, tes appels au loin me redonnaient sourire, mais c'était peu. Je me suis rapproché d'A. Et ça m'a coûté ma liberté. J'aime mes enfants, mais leur mère non.
- ...
- Je n'ai jamais voulu te faire du mal.
- Mais, tu l'as fait.
- Et toi qu'es tu devenue ?
- Je m'envole en l'air tous les 2 jours. Mais j'ai pris 1 semaine de vacances, pour ne pas te laisser seul. Je gagne bien ma vie. Côté amour, j'ai eu des hauts et des bas. Mais je m'accorde une pause.
- Ok. Tu as réussis à vivre ton rêve.
- Il n'est jamais trop tard pour commencer à rêver. Et surtout si tu oses me dire que t'es vieux ...
- C'est vrai, je suis vieux. »
Il s'était pris un coup de coussin en pleine figure. Elle l'avait prévenu. Il en fit de même. Pendant 3 minutes, au moins, ils étaient redevenus des enfants, criant, vociférant dans tout l'appart. Extenués, ils s'assirent. Les yeux dans les yeux. Ils ne bronchèrent pas. Dans cette position, ils semblaient se dire tout, tout s'avouer, tout se confier. Même les rêves les plus enfouis voulaient reprendre vie. Même que le temps n'existait plus.
( Il ya deux suites possible mais faut me les demander.)